Les vignes, comme les pierres de l'Abbaye,
sont les témoins immuables des siècles passés.

Sur le chemin qui mène à l'Abbaye, les parcelles de vigne avec
leurs fossés et leurs murets de pierre sont l'empreinte très ancienne
et inchangée du travail des frères convers.

C'est donc d'histoire qu'il s'agit lorsque l'on déguste les vins de l'Abbaye…




La culture de la vigne dans la région de Narbonne remonte à l'époque romaine. Les vignobles Narbonnais concurrencent alors fortement ceux de l'Italie.

    Borne miliaire le long de la Via Domitia
(1 mille romain = 1481 m)


S
ur les bords de la Via Domitia se trouvent les terres, déjà certainement cultivées en vigne, qui accueilleront 10 siècles plus tard l'Abbaye de Fontfroide.

La prospérité viticole dure jusqu'à la fin de la Pax Romana. Ensuite, ce fut le long défilé des envahisseurs venus de l'Est, du Nord ou du Sud, laissant désolation et friches.

L
e renouveau de la viticulture dans cette région revint plusieurs siècles après, au IXième siècle avec les moines bénédictins, puis à partir du XIIème siècle avec les moines cisterciens de l'Abbaye de Fontfroide, qui permirent à la vigne de reprendre ses droits au travers de leurs nombreuses granges (exploitations agricoles).


Céramique du poêle
de l'Abbaye de Salem
(Allemagne)
Les cisterciens, grands précurseurs des techniques
agricoles, devinrent les plus grands viticulteurs
du Moyen Age.

   

    Scène de la vie des moines à la fin du 19ème siècle

Les Cisterciens, communauté rassemblée sous l'autorité de la règle de St Benoit (VIème siècle), avaient besoin de vin pour l'eucharistie mais aussi pour leur consommation quotidienne autorisée par la règle. La règle, tout en fixant une limite de consommation individuelle ("…une hémine de vin par jour sera suffisante ", soit en fait entre 33 cl et 50 cl), précise que l'abstention reste préférable ("…car le vin fait même " apostasier les sages ") mais rajoute aussitôt que le père abbé peut en faire distribuer davantage "…si les conditions de lieu, le travail, l'ardeur de l'été l'exigent".

Grange fortifiée de Foncalvy,
à moins d'une journée de marche de Fontfroide


Les moines cisterciens, confinés dans l'espace clos de leur abbaye pour se dévouer à une activité essentiellement spirituelle, confiaient la charge de la gestion agricole de leurs terres à des frères convers. Les frères convers sont, dans l'ordre cistercien, des religieux non-moines dont la liturgie est le travail manuel. Dans les " granges ", exploitations agricoles aux environs de l'abbaye, ils sont bergers, vignerons, paysans.
   

L'Abbaye de Fontfroide avec ses 25 granges a favorisé les cultures polyvalentes, mettant l'accent sur l'élevage, la vigne et les olivettes.

A
u XIVème siècle, à Fontfroide même, et plus exactement à Saint-Julien de Septime, une des plus anciennes et la plus proche des granges de l'abbaye, les moines exploitèrent des vignes, sans doute plantées de grenaches noirs, ou blanc, qui donnaient un vin doux et qui supportait le voyage. En effet, le vin de Fontfroide était transporté jusqu'en Avignon où il était servi à la table des Papes.


    St Julien de Septime : ancienne Grange Cistercienne sur les terres mêmes de Fontfroide

Le Château de St Julien de Septime abrite aujourd'hui la cave de vinification. Le mot "septime" indique que ce lieu-dit se situe au 7ème mile (romain) depuis Narbonne.

Extraits d'une brochure d'un négociant narbonnais fin du XIXème siècle

Au XVIIIème siècle, la dernière communauté cistercienne de Fontfroide produisait, en plus du vin de messe, des vins rouge de qualité qu'elle échangeait contre des messes avec l'abbaye de Hautecombe, située au bord du lac du Bourget. Ce vin rouge faisait également l'objet d'un commerce dont il est facile de retrouver la trace…